Mon pressentiment ne m'avait pas trompé. Il s'était effectivement passé quelque chose, mais non pas ce qu'on était en droit d'attendre, c'est-à-dire l'exécution des coupables.
Cet audacieux enlèvement de trois condamnés à mort, accompli ainsi en plein soleil, au milieu d'une foule de plusieurs milliers d'individus, causa une indicible émotion dans la ville.
Le gouvernement fut littéralement terrifié et contraint d'avouer son impuissance en face d'hommes aussi résolus, et qui semblaient être si vigoureusement organisés.
L'épouvante était tellement grande dans Mexico que, même pendant le jour, on n'osait plus se hasarder à sortir seul de chez soi.
Cependant, contrairement à toutes les prévisions, rien ne vint justifier cette appréhension.
Les bandits, satisfaits sans doute de l'éclatante victoire qu'ils avaient remportée, ne donnaient plus signe de vie.
Pendant plus de deux mois, il n'y eut ni un vol ni un assassinat commis à Mexico. Il est vrai qu'en revanche les provinces semblaient avoir été mises en coupe réglée et que l'on n'entendait plus parler que d'arrestations à main armée sur les grandes routes, de vols de diligences, de pillages de ranchos, etc., etc.
Désespérant presque de réussir à obtenir un jour le mot de cette énigme et ne voulant pas prolonger indéfiniment mon séjour à Mexico, je commençais à faire mes préparatifs de départ, lorsqu'une aventure singulière, qui se passa sur ces entrefaites, vint réveiller à l'improviste le souvenir à peine assoupi des événements que j'ai rapportés.
Ainsi que je crois l'avoir dit précédemment, le président Comonfort était non seulement un honnête homme, mais de plus un galant homme. La position élevée qu'il occupait ne l'avait nullement grisé; il était resté simple, bon et serviable comme à l'époque où chez son père il travaillait plus ou moins bien à confectionner des uniformes.
Un jour, un des parents du président, nommé, je crois, don López Sabiduría, vint lui faire une visite.