—Pour vous donner une escorte de vingt dragons. Caray! Je ne me soucie pas que vous soyez volé en route. Un de mes proches parents, ce serait joli!

—Non pas, non pas, interrompit vivement l'hacendero.

—Comment, non pas! fit Comonfort avec surprise, vous refusez mon escorte?

—Avec acharnement, cousin. Voyez-vous, je suis un homme tout simple, moi; je ne suis pas complètement une bête; j'ai remarqué, sans pourtant jamais m'expliquer ce fait extraordinaire, que les dragons possèdent la fatale faculté d'attirer les salteadores, et que dès que l'on a une escorte, on peut se considérer comme dévalisé.

—Allons donc, compadre, vous voulez rire! Si vous partez ainsi tout seul, vous serez volé, c'est certain.

—Je ne crois pas, cousin, et voici pourquoi: je compte prendre pour retourner chez moi une vieille carriole qui, bien qu'étant très solide en réalité, ne semble tenir que par miracle; j'ai pratiqué moi-même dans cette carriole, et à l'insu de tout le monde, une cachette sous la banquette que je mets les voleurs au défi de découvrir.

—Eh, eh! Compadre, prenez garde! Les voleurs sont bien fins!

—C'est possible, cousin; mais soyez convaincu que si on ne leur dit pas où est la cachette, à moins de démolir complètement la voiture, ils ne la trouveront pas.

Et alors, sans plus attendre, le digne homme, fier de son invention, en expliqua tout au long avec complaisance les ingénieuses combinaisons à son cousin.

L'idée était en réalité tellement bonne, que le président de la République fut convaincu.