—Ma foi, compadre, dit-il gaîment à l'hacendero en prenant congé de lui, vous avez raison: une escorte vous est inutile, et vous ne courez aucun risque à vous en passer.

Ainsi qu'il l'avait dit, le lendemain, au point du jour, don López quitta Mexico.

Mais il n'alla pas loin.

Un peu avant d'atteindre Molino del Rey où il comptait coucher, sa carriole fut tout à coup entourée par une dizaine d'hommes masqués de velours noir.

Sans répondre à ses dénégations, les bandits, qui sans doute étaient sûrs de leur affaire, sans tâtonner et sans chercher, poussèrent un ressort et s'emparèrent des quarante mille piastres; puis, comme don López criait comme un brûlé, ils le gratifièrent de trois ou quatre coups de machete, et le croyant mort l'abandonnèrent sur la route et s'éloignèrent au galop.

Mais bien que très grièvement blessé, grâce à Dieu le digne hacendero n'était pas mort; il avait même si peu envie de trépasser, que trois semaines plus tard il entrait en pleine convalescence.

Naturellement, la façon dont il avait été volé lui causa une vive surprise.

Il n'avait dit son secret à personne qu'au président de la République. Ce secret, c'était donc le président qui l'avait divulgué. Dans quel but? Là était la question scabreuse, puisqu'on lui avait volé quarante mille piastres. Qui était le voleur?

Don López était connu pour un honnête homme, incapable de mentir et de porter, s'il n'avait pas été sûr de son fait, une accusation aussi grave, surtout contre le président de la République.

On eut beau lui faire des observations, lui démontrer le peu de probabilité que le premier magistrat de Mexique eût pris part à une pareille affaire; l'hacendero soutenait mordicus qu'il était sûr de n'avoir révélé son secret qu'au président, et comme il ne voulut pas en démordre, la chose commença à prendre une certaine importance.