On se rappela les vols et les meurtres qui avaient été si audacieusement commis depuis quelque temps; les esprits s'échauffèrent, et bientôt on dit tout bas qu'il n'était pas étonnant que l'on ne réussît point à s'emparer des malfaiteurs, que la raison en était toute simple, puisqu'ils étaient commandités par le président lui-même, qui avait centralisé à son profit toutes les cuadrillas de salteadores de la République.
Si absurde que fût cette supposition, surtout avec le caractère bien connu du président de la République, elle fut admise sans discussion, et cela de telle sorte que Comonfort s'en aperçut à la façon plus que peu sympathique dont l'accueillait la population lorsqu'il sortait par la ville.
Ne sachant à quoi attribuer ces manifestations hostiles, le président voulut en avoir le cœur net et savoir à quoi s'en tenir.
Ce fut le général Miramón, qui était secrètement son adversaire, qui se chargea de lui raconter toute l'histoire.
Comonfort fut atterré, non pas de l'absurdité de l'accusation elle-même, mais de son apparence de bonne foi. Il aimait son cousin dont il appréciait le caractère, et il le savait incapable d'une calomnie.
Le malheureux président, accusé presque tout haut d'être un chef de voleurs, se sentait devenir fou. Il se creusait vainement la tête pour trouver la solution de ce problème, et du matin jusqu'au soir il répétait:
—Je n'ai dit un mot à personne de ce que m'a conté mon compère, c'est vrai; j'étais seul quand il m'a parlé de cela.
Mais soudain une idée lumineuse traversa son cerveau:
—Mais non! s'écria-t-il en se frappant le front, mais non, je n'étais pas seul! Le colonel don Juan Palacios écrivait dans mon cabinet, dont la porte était demeurée ouverte; nous parlions haut; il a tout entendu! Ah caray! Quoi qu'il arrive, je tirerai cette sotte affaire au clair!
Une heure plus tard, le colonel don Juan Palacios, secrétaire intime du président de la République mexicaine était arrêté et mis au secret.