Avant de se séparer, les deux beaux-frères avaient eu un long et mystérieux entretien.

Dès qu'il fut marié, don Luis Gálvez vint habiter la maison de son beau-père dans la calle Tacuba.

Je savais que le jeune homme appartenait à une bonne famille de race espagnole et qu'il jouissait d'une fortune relativement assez considérable; mais à peine fut-il marié que je reconnus combien je m'étais trompé sur le chiffre de cette fortune.

Don Luis Gálvez qui, quelque temps auparavant, avait nettement refusé toute situation diplomatique, avait subitement changé d'avis aussitôt après son mariage. Il avait fait agir tant de hautes influences et avait manœuvré si habilement, qu'il réussit à se faire nommer secrétaire de la légation mexicaine à Washington.

Il est vrai qu'il avait en même temps reçu l'ordre d'être rendu à son poste au bout d'un mois.

Don Luis ne réclama pas. Ce temps lui parut plus que suffisant pour terminer ses préparatifs. Mais comme, disait-il, il voulait faire grande figure à Washington et montrer aux Américains du Nord de quelle façon les Mexicains comprenaient le luxe et jusqu'à quel point ils savaient le pousser quand cela leur plaisait, il liquida sa fortune, s'entendit avec de grandes maisons de banque anglaises et françaises, et se munit de lettres de crédit nombreuses sur de riches banquiers de New-York.

Je fus littéralement stupéfié lorsque j'appris par hasard, de la bouche même de don Luis Gálvez qui, vis-à-vis de moi, étranger, croyait ne pas devoir se cacher, que ces lettres de crédit se montaient à la somme énorme de six millions de piastres, c'est-à-dire plus de trente millions de francs. D'où pouvait provenir une si immense fortune? Voilà ce qu'il me fut impossible de découvrir, d'autant plus que rien ne m'autorisait à interroger Don Luis à ce sujet.

Quelques jours plus tard, le nouveau marié fit ses adieux à ses amis, prit officiellement congé du président de la République, et après avoir tendrement embrassé sa femme qui ne devait le rejoindre à Washington que lorsqu'il y serait définitivement installé, il partit pour la Veracruz.

L'affaire des invisibles, ainsi qu'on la nommait, paraissait complètement oubliée, quoique don Juan demeurât toujours en prison. Rien ne m'intéressait plus à Mexico; je résolus d'en partir.

Cependant, avant de retourner sur le territoire indien, je me déterminai à visiter Puebla, Orizaba, et, d'étape en étape, de ville en ville, j'arrivai, sans trop savoir comment, jusqu'à la Veracruz, où je me trouvais déjà depuis un mois, quand j'appris que don Melchior Céspedes avait été de nouveau nommé gouverneur de Mexico.