Vingt et quelques brigands avaient été arrêtés, interrogés de toutes les façons, mais vainement; aucun d'eux ne connaissait le colonel même de vue et n'avait eu de rapports avec lui. Et cependant, malgré cette absence de preuves contre celui que l'accusation considérait comme le chef et l'âme de cette vaste association de malfaiteurs, l'inquiétude, l'anxiété même témoignée par certaines personnes de la plus haute société mexicaine, la sollicitude acharnée que mettaient ces personnes à essayer d'assoupir l'affaire, étaient pour le gouvernement autant de certitudes morales de la culpabilité du colonel.

La terreur était tellement grande à Mexico, que c'était à peine si les juges osaient siéger.

En effet, pendant le cours de l'instruction, il s'était passé certains événements qui avaient jeté un reflet encore plus lugubre sur cette sinistre affaire.

Un juez de letras, plus courageux ou peut-être plus ambitieux que les autres, avait voulu faire preuve de zèle. On le trouva un matin pendu, dans la cour de sa maison, au bras d'un lampadaire. Une autre fois, un témoin à charge très important, au moment où il se préparait à parler, fut, dès ses premiers mots, saisi de convulsions horribles et tomba mort aux pieds du juge chargé de l'interroger.

D'un autre côté, la famille Palacios, croyant fermement et sincèrement à l'innocence du colonel, usait de toute son influence et remuait ciel et terre pour obtenir la mise en liberté du jeune homme.

Elle réussit, jusqu'à un certain point, à obtenir ce qu'elle désirait. La veille même du jour où les débats allaient commencer, don Melchior Céspedes fut révoqué de ses fonctions de gouverneur.

Alors une panique effrayante s'empara du barreau. Juges et avocats, ne se sentant plus soutenus, refusèrent énergiquement de siéger. Ce fut un sauve-qui-peut général.

Don Juan Palacios et ses complices présumés restèrent en prison, où ils demeurèrent à peu près oubliés.

Pendant tout le cours de cette affaire, ce qui me surprit le plus, ce fut la conduite de don Luis Gálvez. Ce jeune homme aux traits doux, presque efféminés, au parler zézayant, déploya une indomptable énergie et une activité incroyable pour servir le frère de celle qu'il aimait. Il affirmait partout l'innocence du colonel, semait l'or à pleines mains pour lui être utile, et afin de donner plus de force à ses affirmations, il demanda à don Diego Palacios la main de doña Incarnación et l'épousa à la face de tout Mexico.

Plus de deux mille personnes assistèrent à ce mariage, et, chose singulière, le colonel don Juan Palacios, libre sur parole, fut présent à la cérémonie nuptiale et signa sur le registre. Le soir il figura parmi les convives invités au repas de noce, parut au bal où il dansa plusieurs fois, et ne rentra dans sa prison qu'au soleil levant, accompagné par une foule d'amis qui ne voulurent le quitter que sur le seuil de la sinistre maison.