La vérité est que je ne pensais à rien du tout, si ce n'est peut-être à la maigre chère que j'allais être forcé de faire.

J'avais remarqué que mon compagnon d'infortune avait tressailli légèrement en me voyant entrer. Dès que je fus assis, il se leva, pris son verre de tepache de la main gauche, et vint, sans cérémonie, s'installer en me saluant, dans le français le plus pur, d'un:

—Bonjour, don Gustave! Comment vous portez-vous?

Je relevai la tête et regardai mon homme d'un air ébahi.

—Vous ne me reconnaissez pas? me dit-il en souriant.

—Ma foi non, lui répondis-je, et je parierais même que cette fois est la première que je me rencontre avec vous.

—Ne pariez pas, vous perdriez!

—Bah!

—Parole d'honneur. Vous allez en juger. Je suis don Luis Gálvez.

—Allons donc! m'écriai-je en haussant les épaules, vous vous moquez de moi? Je connais parfaitement don Luis: il est brun, il n'a pas de barbe, et vous, vous êtes blond, vous portez toute la barbe. D'ailleurs, en supposant que vous soyez don Luis et que vous portiez un déguisement, il est une chose qu'on ne peut changer et à laquelle je vous aurais reconnu.