—Et vous ne vous tenez pas encore pour battus?

—Non pas; j'espère même que nous serons vainqueurs. Où descendez-vous à Mexico?

—Mais, tout naturellement, chez don Diego Palacios. Ce serait lui faire injure que d'agir autrement.

—Don Diego Palacios et toute sa famille ont quitté Mexico depuis huit jours. Vous trouverez la maison fermée.

—Alors je descendrai tout simplement à l'hôtel français.

—Cela vaudra mieux. Maintenant, écoutez ceci, don Gustavo: vous êtes un charmant compagnon; nous continuerons donc notre route côte à côte; seulement, comme vous êtes étranger et qu'avant tout il faut que vous ne soyez pas compromis dans cette affaire, à une lieue où deux de la ville nous nous séparerons, et nous entrerons chacun par un côté différent, et si le hasard nous met en présence plus tard, nous aurons l'air de ne pas nous connaître.

—Je vous remercie, cher don Luis. Du reste, maintenant que je sais que don Diego n'est pas à Mexico, mon inquiétude est moindre, et mieux vaut, en effet, que je reste spectateur désintéressé de ce qui se passera.

Ce qui fut dit fut fait. Trois jours après, nous entrions à Mexico chacun par une porte différente, et nous nous séparions pour ne plus nous revoir.

Don Luis avait dit vrai. Les débats avaient recommencé, et ainsi qu'il l'avait prévu, don Juan Palacios, accablé sous les preuves accumulées contre lui, avait été condamné à mort avec vingt-deux de ses complices, tous pauvres diables appartenant à la plus basse classe, qui jamais n'avaient vu leur chef et n'avaient rien pu déclarer contre lui.

La contenance de don Juan Palacios devant le tribunal fut calme, froide et railleuse; mais il ne prononça aucun nom et ne fit aucune révélation.