Lorsqu'on lui lut la sentence qui le condamnait au garrote vil et que le président lui annonça qu'il ne lui restait plus que quarante-huit heures pour se réconcilier avec Dieu, il sourit d'un air narquois et dit en saluant ironiquement le tribunal:
—Doucement, caballeros, nous n'en sommes pas encore là; je crois au contraire que j'ai beaucoup de temps devant moi.
Le lendemain, lorsque le corregidor et les alguaziles, accompagnés du gouverneur, pénétrèrent dans la prison, leur stupéfaction fut grande en trouvant la cellule du condamné vide.
Le colonel don Juan Palacios avait disparu.
Mais il avait laissé une lettre.
Cette lettre contenait en substance ceci:
«Adieu, ingrats compatriotes! Vous n'êtes pas dignes de comprendre un homme tel que moi; je m'exile chez nos voisins de la République des États-Unis, dont j'espère devenir bientôt un des citoyens les plus remarquables. Les Yankees sauront m'apprécier à ma juste valeur. Ils se connaissent en hommes.»
Don Melchior Céspedes, piqué au jeu par cette épître narquoise et essentiellement andalouse, essaya, mais en vain, de reprendre son prisonnier.
Les bandits subalternes furent exécutés, mais leur exécution ne consola que médiocrement le pouvoir du nouvel échec que la fuite du chef de l'association lui faisait subir.
Au résumé, jusqu'à la fin, dans leur lutte contre le gouvernement mexicain, les bandits avaient toujours eu le dessus.