—Plus souvent que je le laisserai aller se faire casser la figure par ces brigands de sauvages! Ils sont sournois comme tout, ces caïmans-là.
A l'époque où se passe notre histoire, Macapula, malgré sa position avantageuse au fond d'une baie et à l'embouchure d'une rivière, et presque à l'entrée du golfe du Mexique, n'était encore qu'une misérable bourgade habitée par des pêcheurs.
Les Espagnols, auxquels l'importance de cette situation n'avait pas échappé, avaient projeté d'y établir un port considérable. Déjà même ils avaient entrepris certains travaux qui furent arrêtés par la révolution mexicaine, puis complètement abandonnés, et Macapula, qui était un instant sorti de sa léthargie séculaire, retomba pour toujours peut-être dans l'oubli.
Dès qu'il eut quitté son brick, le capitaine, laissant sur la gauche un groupe de récifs dont il avait, pendant le jour, exactement relevé le gisement, mit le cap un peu au vent de la pointe de la baie, endroit où il espérait probablement débarquer en sûreté.
Après environ trois quarts d'heure de nage, une ligne noire commença à se dessiner vaguement à l'avant de la péniche.
Le capitaine fit signe à ses hommes de rester un instant sur leurs avirons, et saisissant une longue-vue de nuit, il examina attentivement les gisement de la côte.
Au bout de deux ou trois minutes d'inspection, il repoussa les tubes de sa lunette les uns dans les autres avec la paume de la main, et fit continuer la route.
Tout à coup, la quille de la péniche s'engrava fortement dans le sable.
On avait touché terre.
Le capitaine explora d'un coup d'œil les environs; puis les matelots débarquèrent, ne laissant qu'un homme à la garde de la chaloupe, qui poussa immédiatement au large, afin de ne pas être, en cas de surprise, capturée par l'ennemi.