Tout était tranquille, et un silence profond régnait sur cette côte, en apparence déserte.

Lorsqu'il eut reconnu le terrain, autant que cela lui était possible et qu'il se fut assuré que provisoirement il n'y avait rien à craindre, le capitaine fit cacher ses hommes derrière les rochers de la plage, et il s'avança à la découverte, un revolver d'une main et une hache de l'autre, s'arrêtant à chaque pas pour regarder avec soin autour de lui ou pour écouter ces mille bruits sans cause apparente, qui, la nuit, troublent le silence sans qu'on puisse deviner d'où ils viennent ni ce qui les produit.

Parvenu à cent cinquante mètres à peu près de l'endroit où il avait débarqué, Loïck s'arrêta et commença à siffler doucement les premières mesures d'une zanbacueca mexicaine qu'il avait souvent entendu chanter à Mazatlán.

Un sifflet répondit au sien, et acheva l'air qu'il avait à dessein interrompu après les premières mesures.

Des pas se firent entendre, et un homme se montra.

Cet homme était le chef indien, qui quelques jours auparavant avait apporté à San Francisco au capitaine la lettre de Frédérique Milher.

Loïck eut peine à le reconnaître.

Ce n'était plus le sauvage Peau-Rouge aux peintures sinistres, drapé dans une robe de bison, portant le tomahawk à la ceinture et le fusil sur l'épaule.

L'homme qui se trouvait en ce moment devant lui était un blanc. Il avait des traits intelligents et hautains, portait fièrement la tête. Ses gestes étaient empreints d'une certaine noblesse, et l'élégant costume de ranchero mexicain dont il était revêtu lui donnait une tournure distinguée.

En un mot, il était complètement métamorphosé.