—Répondez! s'écria-t-il en lui saisissant le bras avec violence et le lui serrant dans sa main nerveuse.
—Je croyais, dit-elle avec douceur, que vous vous contentiez de faire infliger la torture à vos victimes, sans descendre vous-même au rôle de bourreau. Tenez, reprit Frédérique, toute cette comédie me fatigue. Aussi bien faut-il en finir. Je sais que vous avez résolu de vous porter envers moi aux dernières extrémités si je ne consens pas à vous épouser. Eh bien, mon oncle, je vais vous dévoiler ma pensée tout entière.
Et se levant, elle fixa sur lui un regard clair et provocateur et continua:
—Après tout, que m'importe la mort? Mieux vaut mourir que de souffrir ce que j'endure ici. Vous me demandez si je vous hais. Non, je ne vous hais pas, mon oncle, je vous méprise!
—Silence, malheureuse!
—Non, je ne me tairai pas! Je veux tout vous dire, enfin. Oui, je vous méprise parce que vous me torturez lâchement, moi, orpheline dont vous êtes le parent le plus proche et dont vous vous êtes fait le bourreau, parce que vous êtes un homme sans âme qui ne rougissez pas de proposer à la fille de votre sœur de l'épouser, afin de la dépouiller de la fortune de son père, que vous avez assassiné.
—Frédérique! Frédérique! cria le général d'une voix terrible, en faisant un pas vers elle.
—Oh! Menacez, continua-t-elle avec éclat; ne sais-je pas que tout est préparé pour mon supplice? Appelez vos peones, mon maître; faites-moi fouetter, mais jamais, entendez-vous, jamais je ne serai votre femme! Vous êtes Prussien, malgré le costume mexicain dont vous êtes affublé; moi, je suis Alsacienne. J'aime un de mes compatriotes, un Français, qui, si vous ne me tuez pas, viendra me délivrer.
—Oh! C'en est trop! murmura le général d'une voix basse et inarticulée. Tant d'audace ne restera pas impunie. Ah! Tu comptes, pour m'échapper, sur tes fanfarons compatriotes; mais ils sont loin, fit-il avec un rire amer. Nous sommes en sûreté, entends-tu, et demain tu seras ma femme.
—Jamais! s'écria la jeune fille avec exaltation.