Cachant ses hommes derrière un bouquet d'arbres qui s'élevait à peu de distance, il se prépara avec un grand sang-froid à faire une diversion en faveur de ses camarades.

Ceux-ci, adossés contre un rocher, à dix pas au plus de la mer, combattaient en désespérés contre un nombre infini d'ennemis. Un moment encore, et tous les français auraient succombé dans ce combat inégal.

Tout à coup le cri: «En avant!» fut poussé derrière les Mexicains avec une clameur terrible, accompagnée d'une décharge qui vint semer le désordre, l'épouvante et la mort dans leurs rangs.

C'était maître Pécou qui opérait sa diversion.

Les Mexicains qui se croyaient vainqueurs, furent terrifiés par cette attaque imprévue, qu'ils crurent faite par un corps considérable, à cause de la vigueur avec laquelle elle était conduite. Persuadés que les Français avaient débarqué en grand nombre, ils hésitèrent, reculèrent et finirent par se débander dans toutes les directions, saisis d'une terreur panique que leurs officiers ne purent maîtriser et qui les entraîna pour la plupart loin du champ de bataille.

Loïck, ranimé par l'arrivée providentielle du vieux marin, entoura sa jambe d'un mouchoir, se releva, et, soutenu par l'inconnu, qui, pendant l'action ne l'avait pas quitté d'un pas, il se remit en retraite vers ses embarcations en entraînant Frédérique et suivi de ses braves matelots, qui, comme des lions aux abois, se retournaient à chaque instant pour fondre à coups de hache sur les Mexicains, que le général était enfin parvenu à réunir, mais qui, cependant, n'osaient s'approcher trop près deux.

Toujours combattant, ils atteignirent enfin les canots.

Loïck fit placer dans le premier les blessés et les morts qu'il était parvenu à enlever aux Mexicains; et, montant dans le second avec les hommes valides, il parvint à quitter la côte en remorquant le canot où étaient les blessés.

Une partie de l'équipage de sa péniche faisait feu contre les ennemis qui garnissaient le rivage, tandis que les autres nageaient à force de rames dans la direction du brick.

Bientôt la côte disparut dans la brume, les cris s'éloignèrent, les coups de feu cessèrent, et tout retomba dans le silence.