Ces deux hommes, les regards étincelants, les lèvres écumantes, animés d'une haine implacable, luttant l'un contre l'autre comme deux bêtes fauves, poitrine contre poitrine, visage contre visage, silencieux, cherchant chacun à tuer son adversaire, et se souciant peu de vivre, pourvu que son ennemi mourût, étaient horribles à voir.
Les Mexicains et les Français, saisit d'horreur, s'étaient arrêtés comme d'un commun accord, spectateurs muets et atterrés de ce hideux combat.
Enfin, Walkefield tomba en entraînant le général.
Celui-ci poussa un cri de triomphe, qui s'éteignit presque aussitôt dans un râle d'agonie. Son ennemi venait de lui ouvrir la poitrine et de lui percer le cœur avec son poignard; mais, en expirant, le général eut encore la force de porter à son adversaire un dernier coup qui fut mortel.
Les Mexicains, privés de leur chef, ne songèrent plus qu'à fuir, et se jetèrent en désordre dans leurs barques.
Cinq minutes plus tard, il n'en restait plus un seul à bord du brick.
—Vois, vois, s'écria Frédérique Milher, qui, revenue de son évanouissement, était montée sur le pont. Mon Dieu, mon Dieu, cette fois, nous sommes perdus!
Et elle montra à Loïck le bateau à vapeur, qui, arrivé à portée de fusil, se préparait à amariner l'Épervier.
—Oh! C'est trop de fatalité! s'écria Loïck avec désespoir.
—Nous sommes sauvés, dit maître Pécou; nous sommes sauvés! Voyez, il vire de bord.