L'île de Tonga-Tabou est une des perles de ce chapelet d'oasis que Dieu semble s'être plu à égrener dans l'Océan Pacifique.

La végétation y est d'une puissance extraordinaire, le paysage d'une beauté exceptionnelle; les hommes, grands, forts, bien bâtis, tatoués des pieds à la tête, ont un caractère de férocité telle qu'ils pourraient rendre des points à tous les tigres du Bengale.

Quant aux femmes, elles sont petites, mais admirablement proportionnées; et si elles n'avaient pas la malheureuse habitude de se tatouer aussi, de se placer le soleil et la lune dans des endroits peu convenables, elles seraient réellement belles.

A l'époque où se passe l'anecdote que je raconte, je commandais une petite goélette de quatre-vingt-dix tonneaux; j'avais un équipage monté de dix Kanaks et de moi.

Ma goélette se nommait la Sauteuse, nom qui lui convenait parfaitement.

J'allais avec elle échanger des perles, du corail et de la nacre dans toutes les îles de l'Archipel dangereux, puis, mon chargement fait, je me dirigeais vers Sidney, où je le vendais avec un bénéfice considérable.

Je faisais depuis dix-huit mois déjà ce commerce lucratif.

J'étais, je dois le dire, un sujet de continuel d'étonnement pour tous les Européens avec lesquels le hasard ou mes affaires me mettaient en rapport.

Chaque fois que je revenais à Sidney, le premier mot de bienvenue que je recevais était celui-ci:

—Comment! Mon cher, votre équipage ne vous a pas encore mangé?