Et l'on me serrait la main en riant.

La vérité était que mes Kanaks, braves soldats et excellents garçons, du reste, étaient tous plus ou moins entachés du défaut d'anthropophagie.

Mais comme j'avais entendu dire par plusieurs Nouveaux-Zélandais, à la baie des Iles, que les Européens n'étaient pas bons à manger parce qu'ils étaient trop salés, je me fiais sur cette circonstance fort avantageuse pour moi et ne m'inquiétais guère de ce qui pouvait m'arriver.

Un matin, au lever du soleil, un de mes Kanaks, qui me servait de second, m'éveilla brusquement en me criant aux oreilles:

Aramaï! Aramaï! capitaine! (Viens, viens, capitaine!)

Mon premier mouvement fut de donner un énorme coup de poing au Kanak, puis je lui demandai pour quel motif il se permettait de me secouer si rudement.

Le pauvre diable me répondit, tout en se frottant la mâchoire, que je lui avais fort endommagée, que l'on apercevait, à deux milles sous le vent à nous, une pirogue indienne qui semblait être en perdition, tant ses mouvements paraissaient extraordinaires.

Je me hâtai de monter sur le pont.

En un instant, je reconnus l'exactitude du rapport de mon Kanak.

J'aperçus une énorme pirogue de guerre, dont l'avant était presque brisé et qui semblait en effet aller au hasard, tant elle changeait rapidement de direction au gré de la lame.