Mes Kanaks chuchotaient entre eux.
De temps en temps, ils laissaient échapper des exclamations de surprise et de terreur.
Mon premier soin fut d'entrouvrir, avec la lame de mon poignard, les mâchoires serrées des blessés et de leur faire boire un peu d'eau et de rhum mélangés.
Ce remède si simple suffit pour les rappeler à la vie: les Kanaks ne sont rien moins que des petites maîtresses.
Je fis boire une seconde fois les blessés; puis, leurs estafilades pansées tant bien que mal, je les transportai à mon bord, et j'abandonnai la pirogue, dont je fis enlever les objets plus ou moins précieux.
Il était temps que j'arrivasse au secours des pauvres diables.
Vingt minutes plus tard, la pirogue tourna sur elle-même et sombra à pic.
Les trois hommes que j'avais si miraculeusement sauvés devaient, selon toute apparence, être dans leur pays des personnages importants.
Cela était facile à reconnaître à leurs tatouages formés de dessins compliqués, exécutés avec une rare perfection, et dont ils étaient complètement recouverts depuis le haut du front jusqu'à la plante des pieds.
L'un surtout, grand gaillard de six pieds deux pouces, taillé en athlète, âgé de trente ans au plus, et dont les traits, malgré les dessins qui les défiguraient, étaient fort beaux, et qui avait dans l'œil et la physionomie une expression d'indicible hauteur et de majesté suprême.