Malgré les témoignages d'amitié dont m'accablait Akou-to-mé-ah, je me trouvais assez embarrassé.

Je ne me souciais pas, moi seul Européen, de m'aventurer sur la terre des Tonga-Tabou, dont la réputation sinistre me faisait frissonner malgré moi.

Cependant j'avais mis le cap sur l'île.

Mon intention était, dès que je ne serais plus qu'à deux ou trois encablures de terre, de prier mes trois passagers, maintenant parfaitement bien portants, de sauter par dessus la lisse de ma goélette et de gagner l'île à la nage.

Je n'avais trouvé que ce moyen de me débarrasser d'eux sans risquer de leur servir de beefsteak.

Mais Akou-to-mé-ah ne l'entendait pas ainsi; le digne chef s'était réellement pris d'une belle passion pour moi.

Chez toutes les natures primitives, les sentiments bons ou mauvais sont poussés à l'extrême.

Un matin, le chef se présenta à moi, accompagné d'un de mes Kanaks.

—Tu es mon frère, me dit-il, mon tayo; cet homme va te marquer, pour que mes enfants te reconnaissent; laisse-moi faire, et ne crains rien.

—Sacrebleu! répondis-je; je crains tout, au contraire!