Trois jours après, la goélette se trouva en vue de Tonga-Tabou.
Je me préparais à débarquer, quand le grand chef s'avança vers moi, et, avant que je pusse dire un mot, me posa la main sur l'épaule en me montrant mon tatouage:
—Tayo, me dit-il; toi, c'est moi; tu es un chef de ma nation.
Et, me quittant aussitôt, il prit la direction de la goélette.
Je le laissai faire.
Deux heures plus tard, la Sauteuse disparaissait au milieu des palétuviers et mouillait bord à terre, où, dans une petite baie de l'aspect le plus ravissant, l'on voyait s'étager, sur les flancs verdoyants d'une colline qui fermait l'horizon de ce côté, une foule de cases fort gentiment construites, et distribuées de la façon la plus pittoresque.
Le rivage était couvert d'au moins mille à quinze cents individus, hommes, femmes, enfants, tous armés, riant criant, gesticulant, comme une légion de démons.
Bien que je fisse bonne contenance, je n'étais, je l'avoue, que très peu rassuré, et je maudissais intérieurement cette incurable curiosité qui me pousse toujours à me jeter la tête la première dans les guêpiers qui se présentent devant moi.
Akou-to-mé-ah souriait de son plus charmant sourire.
Il fit un signe.