Mes Kanaks établirent immédiatement une planche du bord à terre.
Définitivement, le chef avait pris le commandement de ma goélette, et je n'étais plus que passager à mon bord; mes matelots lui obéissaient avec un empressement qui me semblait de très mauvais augure pour mes relations ultérieures avec eux.
Lorsque la communication fut établie entre le rivage et le bâtiment, le chef prononça quelques mots que je n'entendis pas, mais qui furent parfaitement compris par mes Kanaks.
Ils se ruèrent immédiatement sur le jeune chef prisonnier et, en quelques secondes, le malheureux se trouva ficelé comme une carotte de tabac.
Je me sentis pâlir.
Mais, sans rien témoigner de la crainte que j'éprouvais, je glissai les mains dans les poches de mon pantalon, où j'avais eu la précaution de placer une paire de pistolets à deux coups.
Malheureusement, les revolvers n'étaient pas encore inventés à cette époque. Mais, en sentant mes pistolets, je me rassurai quelque peu; je tenais la vie de quatre hommes.
Ce n'était pas beaucoup, mais c'était assez pour ne pas mourir sans vengeance.
Au moment où j'essayais tout doucement d'armer mes garnitures de poche, pour ne pas être pris à l'improviste, le grand chef se tourna vers moi, et toujours souriant:
—Viens, tayo, me convia-t-il.