Ceci fut exécuté avec une telle rapidité de changement à vue et de façon si grotesque, que je ne pus m'empêcher de rire.

Je renfonçai mes pistolets dans mes poches, et frisai ma moustache d'un air superbe.

Mon tayo avait dit vrai: j'étais un autre lui-même.

A compter de ce moment, ce ne fut plus du respect que l'on me témoigna, mais de la vénération.

D'autant plus que le grand chef s'était hâté de raconter à qui avait voulu l'entendre, et cela avec une franchise que l'on rencontre rarement chez les hommes dits civilisés, quel immense service je lui avais rendu et de quelle manière je lui avais sauvé la vie.

Le chef ne se borna pas envers moi à ces stériles témoignages d'amitié.

Il donna ses ordres en conséquence, et bientôt des monceaux de nacre, de perles, de corail et de tripangues affluèrent à mon bord de toutes les parties de l'île, si bien qu'au bout de trois jours non seulement mon chargement était complet mais encore le pont de ma goélette, le poste de mes matelots et ma chambre elle-même étaient encombrés de toutes sortes et de la meilleure qualité.

Le quatrième jour au matin, je me rendis à la case royale.

Akou-to-mé-ah me reçut comme à son ordinaire, c'est-à-dire qu'il m'embrassa et me fit asseoir près de lui.

Je lui annonçai alors que je me proposais de mettre à la voile le jour même; et, comme il ne voulait accepter aucun paiement pour les marchandises et les vivres qu'il m'avait fournis, je lui offris un assez beau fusil de chasse à deux coups, qu'il avait souvent manié pendant qu'il était à bord, et qu'il semblait désirer.