—Tayo, me dit-il, je reçois ce fusil en souvenir d'un frère; ce présent me comble de joie; mais tu me rendras plus heureux encore si tu consens à retarder ton départ jusqu'à demain matin. Il y a ce soir une grande fête en réjouissance de la victoire que j'ai remportée sur mes ennemis. Cette fête ne serait pas complète si mon tayo n'y assistait pas.

Tout refus était impossible; j'acceptai donc.

—Va, ajouta-t-il, retourne à ton bord; quand il en sera temps, je te ferai prévenir.

En effet, un peu avant le coucher du soleil, un Kanak vint m'avertir que le chef m'attendait.

Près de la case royale se trouvait un immense «moraï» qui, pour la circonstance, avait été clos d'une haie.

C'était là que devait avoir lieu la fête.

Les principaux chefs de l'île et les guerriers les plus renommés se tenaient, selon la coutume kanaque, accroupis sur leurs talons autour d'un grand feu, fumant silencieusement, tandis que quelques guerriers inférieurs armés de lances contenaient la foule qui se pressait autour du «moraï».

Une centaine d'individus, munis des instruments les plus bizarres, s'étaient placés à une certaine distance du feu.

C'étaient des musiciens.

Dès que je parus, Akou-to-mé-ah fit un geste de la main, et aussitôt commença la plus horrible cacophonie que j'aie jamais entendue; les oreilles m'en saignent encore rien que d'y penser.