—Est-ce bien vrai, ce que vous me dites là? fit-il enfin d'un air de doute.
Le missionnaire sourit avec mélancolie.
—Pourquoi vous tromperais-je? répondit-il; allez en paix, et que le Seigneur soit avec vous!
—Comme vous voudrez, padre; c'est égal, vous avez tort; il valait mieux en finir tout de suite, puisque vous y étiez; quant à Juan Cabral, si je le retrouve...
—Silence, malheureux! Est-ce donc ainsi que vous m'êtes reconnaissant? interrompit vivement le missionnaire.
—C'est vrai, padre! Je vous dois la vie, je m'en souviendrai; il y a des dettes que je paie toujours. Adieu, padre!
Et tournant brusquement le dos, sans cérémonie, il commença, tout en sifflant une «samajueja», à enlever les harnais de son cheval mort.
—Pauvre malheureuse créature! murmura le missionnaire avec un accent de pitié, et, s'adressant à moi: Avant une demi-heure, nous arriverons à la mission, señor; ne me ferez-vous pas l'honneur d'y accepter l'hospitalité pour cette nuit?
—Avec joie, mon père, répondis-je, et tout l'honneur sera pour moi, soyez-en convaincu.
La petite troupe se remit alors en marche, sans plus s'occuper de Matasiete, qu'elle laissa libre de devenir ce que bon lui semblerait.