Je m'étais placé auprès du père Sebastian, et nous cheminions côte à côte, tout en nous entretenant à demi-voix.

La scène dont j'avais été témoin, et dans laquelle j'avais joué un rôle si à l'improviste, m'intriguait fort; ma curiosité était vivement excitée, et je désirais obtenir certains renseignements, quoique je fusse très embarrassé pour entamer cette question délicate.

Heureusement le père Sebastian, à la pénétration duquel rien n'échappait, s'aperçut des efforts que je faisais pour ne pas laisser paraître ma curiosité, et il vint généreusement à mon secours, au moment où je m'y attendais le moins.

—Vous désireriez, n'est-ce pas, me dit-il avec le doux et mélancolique sourire qui lui était habituel, connaître les causes qui ont amené la scène qui s'est passée devant vous?

—Je vous l'avoue humblement, mon père, répondis-je en souriant, quelque mauvaise opinion que vous deviez prendre de moi.

—Pourquoi prendrais-je une mauvaise opinion de vous, señor? me répondit le père Sebastian. Votre curiosité est naturelle; elle n'a rien qui puisse me blesser. C'est une triste histoire, et, puisque vous désirez l'entendre, écoutez-moi. J'espère avoir le temps de vous la raconter avant que nous n'arrivions à la mission.

Cette histoire, je vais la raconter à mon tour au lecteur, en le priant de me laisser substituer mon récit à celui du missionnaire.

III

Le récit.

Vers 1780, il existait à Mexico une riche et puissante famille dont les ancêtres, de pure origine espagnole, venus en Amérique à la suite de Fernand Cortez, avaient aidé le célèbre aventurier à conquérir le Mexique, et avaient été récompensés par des biens immenses que cette famille possédait encore.