Flora de Bartas avait treize ans à peine. En France ou dans n'importe lequel de nos pays du Nord, ce n'eût été qu'une enfant; dans ces contrées équatoriales, où la sève est si puissante, la nature si précoce, c'était une jeune fille.

Elle était grande, admirablement faite; chacune de ses formes était dessinée avec une perfection exquise; jamais le Titien, les Carrache, le divin Anzio lui-même, n'ont rêvé pour leurs madones un modèle aussi parfait. C'était la femme tout entière, avec ses lignes un peu heurtées, sévères et légères à la fois, droites, et cependant brisées, s'harmoniant pourtant pour compléter un tout presque idéal, diaphane pour ainsi dire, et d'une perfection telle que Dieu seul pouvait le concevoir et l'exécuter. On aurait dit un de ses anges oubliés sur la terre et qui se souviennent encore des ailes qu'ils ont laissées au ciel. Ses yeux alanguis par la douleur, demi-clos, se fixaient avec une expression d'affection rêveuse sur ceux de sa mère. Sa bouche, entr'ouverte, gardait les traces d'un dernier sourire.

Un silence de mort régnait dans cette salle.

Tout à coup le tintement lointain d'une cloche résonna deux fois.

—Qu'est-ce cela? murmura don Melchior en tressaillant.

Doña Juana ne fit pas un mouvement, ne leva pas les yeux; tout son être était concentré sur sa fille; hors d'elle, elle ne voyait, n'entendait rien.

Une porte s'entr'ouvrit doucement; une tête brune aux traits énergiques et profondément accentués, passa dans l'entrebâillement.

—Qu'y a-t-il, don Ramón? demanda le planteur.

—Venez, répondit à demi-voix l'homme auquel on avait donné ce nom, et qui était un des majordomes de l'habitation.

Don Melchior posa un baiser sur le front moite de Flora.