—Merci, père, répondit doucement l'enfant d'une voix suave et harmonieuse comme le chant du centzontle, le rossignol mexicain, tandis qu'un charmant sourire s'épanouissait sur ses lèvres pâlies.
Don Melchior quitta la chambre et referma sans bruit la porte derrière lui.
Don Ramón l'attendait dans une grande pièce à côté, servant de salon ou, comme disent les Américains, de parlour.
Don Ramón avait trente-deux ou trente-trois ans à peine; il était né dans la famille de Bartas, pour laquelle il professait un dévouement à toute épreuve. Bien que sa taille fût à peine au-dessus de la moyenne, ses formes trapues, la grosseur de ses membres, sur lesquels saillaient des muscles d'acier, la largeur presque difforme de ses épaules, dénotaient une vigueur extraordinaire; il avait les jambes arquées, comme tous les hommes dont la vie se passe à cheval; il portait suspendu au côté gauche un machette, dont la lame était passée nue dans un anneau de fer; le manche de corne d'un long couteau sortait de l'extrémité supérieure de sa botte droite.
—Qu'y a-t-il, don Ramón? Pourquoi ce double coup de cloche? demanda le planteur.
—Il y a, mi amo, répondit le majordome, que des étrangers demandent l'hospitalité à l'habitation; ils attendent votre réponse à la barrière.
—Pourquoi ne les a-t-on pas introduits aussitôt? Par un temps comme celui-ci, l'hospitalité me serait demandée par mon ennemi le plus cruel, que je ne me reconnaîtrais par le droit de la lui refuser.
—C'est que, mi amo... répondit le majordome avec embarras.
—C'est que... quoi? fît le planteur avec une nuance d'impatience.
—Eh bien, mi amo, ces voyageurs sont des Indiens.