—Qu'importe que ce soient des Indiens? Ne sont-ils pas des hommes? Doivent-ils plus que d'autres rester exposés aux fureurs de l'ouragan?

—C'est vrai, mi amo, vous avez raison; mais l'homme qui vous demande l'hospitalité est un de vos ennemis les plus acharnés, un chef apache; quatre guerriers l'accompagnent; en un mot, c'est le Cœur-Bouillant.

—Le Cœur-Bouillant! murmura le planteur d'une voix profonde.

Puis il reprit au bout d'un instant:

—Que vient-il faire ici? Qu'importe, après tout? Les lois de l'hospitalité ne sauraient être méconnues. Amenez ici le Cœur-Bouillant; faites conduire les quatre guerriers dans le logement des hôtes; que tout ce qu'ils demanderont leur soit donné. N'oubliez pas surtout d'user envers ces hommes, qui sont vos hôtes, de la plus grande courtoisie! Allez! J'attendrai dans cette pièce. Dites à Pedrillo d'apporter les rafraîchissements nécessaires.

Le majordome salua et quitta le parlour.

—Cette visite cache, sans doute, quelque projet hostile, murmura don Melchior dès qu'il fut seul; une trahison, peut-être; cependant le Cœur-Bouillant passe pour un homme loyal. Attendons!

Pedrillo entra en ce moment, portant sur un plateau des rafraîchissements de toutes sortes, liqueurs, fruits, quartiers de venaison, tortillas de maïs, qu'il disposa sur une table. Puis il alluma deux lampes et sortit.

Presque aussitôt la porte se rouvrit, et le majordome parut, précédant le chef apache.

Le planteur fit un signe; don Ramón se retira. Les deux hommes restèrent en présence.