—Je suis, vous le savez, chef, prêt à la guerre comme à la paix; vous prétendez, sans raison, que le territoire que j'occupe vous appartient; vous voulez la guerre; soit, je l'accepte; je saurai défendre ma propriété; mais, quant à présent, je ne me souviens que d'une chose: c'est que vous êtes mon hôte. Asseyez-vous, et mangez.

—Mon père a bien parlé; j'accepte son offre aussi franchement qu'elle m'est faite.

Les deux hommes s'assirent alors en face l'un de l'autre et attaquèrent les plats posés devant eux. Le chef mangeait parce qu'il avait faim, le planteur parce que la politesse le lui ordonnait.

Les Apaches sont grands mangeurs et surtout grands buveurs. Cependant le sachem mangeait, non gloutonnement comme le font généralement les Peaux-Rouges, mais avec une certaine retenue.

—J'espère, dit le sachem, que le Wacondah continue à protéger la famille de mon père. C'est un homme juste; la protection du Grand Esprit doit s'étendre sur lui.

—Hélas! murmura tristement le planteur, mon frère a pénétré à une mauvaise heure dans ma maison: un grand chagrin nous accable.

—Que veut dire mon père?

—Si vous voyez des larmes dans mes yeux, chef, c'est que mon enfant chéri, ma fille bien-aimée, va mourir.

—Mourir! la fleur de Súchil, la Gazelle de la savane! Que me dit donc là mon père? s'écria le sachem avec une expression de tristesse véritable.

—Je ne vous dis que la vérité, chef; la pauvre enfant va mourir.