Les Sioux-Bisons ne renonçaient pas à l'attaque; mais, repoussés une première fois, ne voulant pas l'être une seconde, ils changeaient de tactique.
Embusqués derrière les buissons et les bouquets d'arbres qui bordaient la rive opposée de la rivière, ils firent soudain pleuvoir une nuée innombrable de flèches enflammées, qu'ils lançaient avec une habileté sans pareille sur les magasins et les ateliers, recouverts en vacois, de l'habitation, tandis qu'une partie d'entre eux entretenait une fusillade bien nourrie avec les défenseurs des retranchements, et que, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, des troupes de cavaliers, car leurs chevaux les avaient rejoints, feignaient de vouloir tenter, de divers côtés à la fois, le passage de la rivière, tenant ainsi constamment leurs adversaires en alerte, sans leur laisser une seconde de répit.
Bientôt plusieurs incendies se déclarèrent sur les ailes de l'habitation.
Une partie des peones fut obligée de quitter les retranchements pour porter secours, aider à sortir les chevaux et les bestiaux des corrals enflammés et les chasser dans la huerta.
Mais le feu, qui trouvait un élément facile dans des bâtiments construits en bois et recouverts en feuilles sèches, se développait avec une rapidité telle que bientôt il fallut renoncer à sauver ces bâtiments et se résoudre avec douleur à faire la part du feu.
Alors un désordre épouvantable se mit dans les défenseurs de l'habitation; la peur s'empara d'eux; ils ne voyaient et n'entendaient plus rien, couraient çà et là à demi-affolés de terreur, poussant des cris de désespoir et jetant leurs armes.
Ce fut en vain que don Melchior, l'inconnu, l'abbé Paul-Michel et Cardenio, qui faisait preuve, comme toujours, en cette circonstance, d'un courage de lion, essayèrent de rappeler à leur devoir des hommes que l'épouvante rendait fous.
Tout à coup les Sioux-Bisons, s'apercevant de la folie furieuse qui s'était emparée des défenseurs de la place, et dociles à la voie de leur chef, s'élancèrent dans la rivière, la traversèrent, puis ils gravirent le glacis et se précipitèrent avec des hurlements de bêtes fauves contre les retranchements.
Ramenés, quoique bien tardivement, à leur devoir, par le danger terrible qui les menaçait, les peones retournaient aux retranchements et entamèrent désespérément une lutte suprême contre leurs terribles ennemis.
Mais il était trop tard; l'effort tenté cette fois par les Sioux-Bisons était irrésistible; le flot des assaillants montait toujours. Rien ne pouvait désormais les arrêter.