Cependant, cette résistance ne put être assez efficace pour empêcher les Sioux-Bisons, qui se ruaient tête baissée en avant, de couronner les retranchements.

Encore quelques secondes, les Indiens bondissaient dans la cour et envahissaient l'habitation.

En ce moment une porte secrète s'ouvrit, et l'inconnu, suivi de Cardenio, des deux majordomes et d'une cinquantaine de peones les plus résolus, se glissèrent silencieusement au dehors, tournèrent les Indiens sans être aperçus, puis, au cri de: «En avant!» poussé d'une voix stridente par l'inconnu, ils se précipitèrent tous à la fois sur les Indiens, qu'ils prirent ainsi entre deux feux.

Ceux-ci, qui se croyaient déjà vainqueurs, surpris à leur tour, eurent un moment d'hésitation, dont profitèrent les défenseurs de l'habitation pour les jeter en dehors des retranchements.

Il y eut alors une mêlée effroyable sur le rivage; les Sioux-Bisons ne comprenaient rien à ce secours arrivé si à l'improviste aux colons.

Réunis en masse compacte, ils luttaient désespérément pour faire tête de tous les côtés à la fois, ne pas perdre le terrain qu'ils avaient conquis, ne pas reculer d'un pouce, et, à tout prix, réussir à maintenir leur position; mais leurs efforts étaient vains.

D'autres peones, délivrés de la crainte d'une attaque immédiate, venaient incessamment grossir le nombre des premiers, qui avaient tenté la diversion.

Malgré une héroïque résistance, des prodiges surhumains de valeur, les Indiens, acculés de plus en plus à la rive, furent enfin culbutés dans la rivière, qu'ils se hâtèrent de traverser à la nage, laissant derrière eux une centaine des leurs étendus sans vie au pied des glacis.

Les abords de la place étaient complètement nettoyés, l'habitation dégagée, le coup de main hardi tenté par les Sioux-Bisons définitivement manqué.

Il y eut une trêve de près d'une heure.