Cependant le mal n'était pas aussi grand qu'on aurait pu le supposer d'abord.

Voici ce qui s'était passé:

Les Indiens, avec cette adresse infernale qu'ils possèdent, avaient conçu un plan audacieux, désespéré, qui, avec tout autre homme moins sur ses gardes et moins expérimenté que don Melchior de Bartas, aurait inévitablement réussi.

Tandis que quelques guerriers laissés à la garde des chevaux traversaient la rivière à gué à deux lieues environ de l'habitation, les autres, au moyen de branches sèches fortement liées ensemble par des lianes, avaient construit des radeaux sur lesquels ils avaient placé leurs fusils et leurs munitions de guerre; puis, profitant habilement de l'ombre projetée sur la rivière par l'escarpement de ses rives, ils s'étaient laissé doucement emporter au fil de l'eau et avaient passé ainsi, inaperçus et sans bruit, sous le regard anxieux des sentinelles, qui essayaient vainement de percer les ténèbres épaisses qui les enveloppaient.

Puis, arrivés à un endroit propice pour leur débarquement, ils avaient saisi leurs armes et s'étaient élancés sur la rive, en surgissant de l'eau et bondissant comme une légion de démons du milieu de l'ombre, en poussant leur cri de guerre et en faisant une décharge effroyable.

Malheureusement pour eux, les Sioux-Bisons ignoraient que leur projet d'attaque avait été révélé au planteur par le Cœur-Bouillant, et que don Melchior, mettant à profit l'avis qu'il avait reçu, avait, le jour même, renforcé ses retranchements.

Les Sioux-Bisons, à la vérité, et cet avantage pour eux était immense, avaient réussi à prendre pied sur le terrain même où s'élevait l'habitation. Mais leur position ne laissait pas, malgré cela, que d'être excessivement précaire. Ils se trouvaient sur une plage nue, exposés, sans abri d'aucune sorte, aux coups de leurs adversaires parfaitement cachés derrière leurs remparts.

L'Oiseau-Noir était un chef trop hardi, trop expérimenté, pour ne pas comprendre ce que la situation de ses guerriers avait à la fois d'avantageux et de défavorable. L'audace seule pouvait le sauver du pas difficile dans lequel il s'était jeté.

Sur un signe de lui, ses guerriers s'élancèrent résolument à l'assaut des retranchements.

Les blancs firent vaillamment face à leurs ennemis et opposèrent une vigoureuse résistance.