Quant aux prisonnières, si cette course vertigineuse avait duré une heure encore, elles seraient mortes.
Elles se laissèrent tomber sur l'herbe, pâles, affaissées, inconscientes, presque sans souffle; elles ne vivaient plus que comme dans un horrible cauchemar.
Le missionnaire, lui, comme toutes les natures généreuses qui puisent leur force dans leur cœur, était, malgré son apparente faiblesse, aussi calme et aussi résolu que si rien ne s'était passé.
Il ramassa quelques brassées de feuilles sèches, les couvrit d'une couverture de cheval, étendit sur ce lit improvisé les deux pauvres femmes, qui ne s'aperçurent même pas des soins qu'on leur prodiguait, jeta sur elles une peau de bison, qu'il enleva à un Indien sans que celui-ci essayât de s'y opposer; puis, lorsqu'il se fut assuré que les deux frêles créatures pouvaient reposer sans être exposées à la rosée, il s'agenouilla auprès d'elles et se mit en prières.
La nuit était glaciale; les Indiens, malgré le danger auquel ils s'exposaient, avaient été contraints d'allumer des feux pour réchauffer leurs membres engourdis par le froid.
Cinq des principaux chefs de la tribu, les seuls qui eussent échappé à la défaite et parmi lesquels se trouvait l'Oiseau-Noir, étaient accroupis, sombres et silencieux, fumant tristement leur calumet autour d'un de ces feux.
L'échec subi par l'Oiseau-Noir était terrible; bien que pendant sa fuite précipitée plusieurs guerriers l'eussent rejoint, que, d'instant en instant, il en arrivât d'autres encore, cependant les pertes qu'il avait subies étaient énormes.
De six cents guerriers d'élite dont se composait sa tribu, plus de deux cents étaient restés couchés morts sur les glacis et dans la cours de l'habitation.
Aussi sa douleur était-elle grande, sa fureur au comble.
Les guerriers qui arrivaient incessamment augmentaient encore, par les récits exagérés qu'ils lui faisaient, l'anxiété terrible qui lui serrait le cœur.