Au moment où le soleil se levait, un groupe de cavaliers arriva à fond de train.

Ces guerriers étaient, disaient-ils, serrés de près par des forces considérables. Tout espoir d'échapper aux blancs et à leurs alliés les Apaches était impossible désormais.

Alors une grande fermentation commença à régner dans le camp.

Le pouvoir d'un sachem indien, quoique très étendu, est cependant toujours précaire. Il n'est fort que dans la victoire.

L'Oiseau-Noir fut bientôt en butte aux reproches les plus sanglants et même les plus injustes. Cette expédition, que ses guerriers eux-mêmes l'avaient excité à tenter, ils en faisaient maintenant retomber la responsabilité sur lui seul, et lui reprochaient avec amertume de l'avoir faite.

Soudain une pensée étrange traversa leurs esprits surexcités par la honte et par la colère. Animés sourdement par quelques-uns de leurs prêtres ou sorciers, ils s'imaginèrent que s'ils avaient été vaincus, c'était à cause des maléfices qui avaient changé l'esprit de leur chef et l'avaient empêché de tuer, comme il devait le faire, la femme et la fille de leur ennemi.

Cette accusation portée contre leur chef obtint d'autant plus de créance dans l'esprit des guerriers, que les sorciers, profitant habilement et exploitant à leur profit leur crédulité superstitieuse pour se venger du missionnaire, qu'ils considéraient comme leur ennemi le plus redoutable, les menaçaient des plus horribles malheurs s'ils ne réparaient pas à l'instant la faute commise par l'Oiseau-Noir; en sacrifiant au génie du mal les trois malheureuses et innocentes victimes.

La mort des prisonniers fut donc résolue.

Le danger était grand, le temps pressait.

Pour détourner les malheurs suspendus sur leurs têtes, il n'y avait pas un instant à perdre.