Malgré lui, et frémissant de honte et de colère, le sachem fut contraint d'ordonner les apprêts de leur supplice.
Le missionnaire avait tout entendu. Il éveilla doucement doña Juana et la jeune fille.
Les quelques instants de sommeil qui leur avaient été accordés, en leur rendant une partie de leurs forces, avaient rétabli l'équilibre dans leur esprit, bourrelé par tant d'émotions diverses.
—Mes sœurs, leur dit tristement le missionnaire de sa voix douce et que l'émotion faisait légèrement trembler, notre dernière heure est venue. Votre mort est résolue ainsi que la mienne. Avant une heure, vous serez dans le sein de Dieu. Joignez vos voix à la mienne; prions ensemble pour les bourreaux qui se préparent à vous faire périr dans les plus affreuses tortures.
Les deux femmes se redressèrent aussitôt, pâles, mais calmes et presque souriantes.
La certitude de la mort, en dirigeant complètement leurs pensées vers Dieu, avait chassé toute crainte de leur esprit et leur avait donné un indomptable courage. Leur organisation nerveuse, essentiellement impressionnable, surexcitée à l'excès, avait rempli leur âme de cette foi et de cette abnégation qui toujours a fait les martyrs et qui dans toutes les circonstances critiques, donne une si grande supériorité à la femme sur l'homme. La femme, si faible, si craintive dans les situations communes de la vie, devient d'une énergie indomptable dans les circonstances décisives.
Cependant trois poteaux avaient été plantés en terre, d'immenses bûchers de bois mort amoncelés autour de ces poteaux. Tout était prêt pour le supplice.
L'Oiseau-Noir demeurait à l'écart, sombre et triste. Sa parole avait été méconnue: il se sentait déshonoré. Mais impuissant à s'opposer à ce qu'on voulait faire, il se bornait à n'y point prendre part.
Deux sorciers, revêtus de costumes symboliques et peints d'une façon bizarre, s'approchèrent des trois prisonniers qui, les genoux dans l'herbe, priaient avec ferveur.
—Que les femmes pâles me suivent, dit l'un d'eux; l'heure de leur mort est arrivée.