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Comment le missionnaire changea, par un seul mot, en une grande joie la douleur qui, depuis si longtemps, accablait don Melchior de Bartas.
L'émotion causée par l'apparition subite et imprévue de Cardenio ne tarda pas à faire place à une colère terrible, lorsque les Indiens reconnurent que l'homme qui s'était fait aussi audacieusement leur agresseur, non seulement était seul, mais encore qu'il était presque un enfant.
Cette colère se changea en rage quand ils virent les cadavres de leurs deux sorciers les plus renommés étendus, sanglants, les traits horriblement crispés par une dernière convulsion, gisant sur le sol entre eux et leur ennemi.
Ils poussèrent une clameur furieuse et firent un mouvement comme pour s'élancer, tous à la fois, sur l'audacieux jeune homme qui, toujours immobile derrière son rempart improvisé, les regardait d'un air railleur, en souriant avec mépris, le fusil épaulé, le doigt sur la détente.
Tout à coup les Indiens hésitèrent.
Avaient-ils donc peur?
Qui aurait su le dire? Eux-mêmes ne se rendaient pas compte de l'émotion qu'ils éprouvaient.
Le clair regard de Cardenio, obstinément fixé sur eux, la gueule béante de cette arme dirigée contre leurs poitrines, la certitude dans laquelle ils étaient qu'au plus léger mouvement le coup éclaterait sans qu'il leur fût possible de savoir qui d'entre eux serait frappé, tout cela réuni les remplissait d'un sentiment étrange, d'un effroi singulier.