—Je demande à vous faire des propositions, dit alors Cardenio d'une voix haute et ferme.
L'Oiseau-Noir, qui jusqu'alors, ainsi que nous l'avons dit, s'était tenu en dehors de tout ce qui s'était passé, voyant que les deux principaux instigateurs de l'espèce de révolte qui avait eu lieu contre lui étaient morts, crut l'occasion favorable pour ressaisir le pouvoir qui lui avait presque échappé.
Il s'approcha lentement, passa devant le front de ses guerriers, s'avança jusqu'à dix pas du jeune homme, et posant en terre la crosse de son fusil:
—Que demande le jeune visage pâle? dit-il froidement.
—Justice, repartit laconiquement Cardenio.
—Les oreilles d'un chef sont ouvertes; que le jeune guerrier des visages pâles s'explique; l'Oiseau-Noir comprendra.
Cardenio n'avait en rien modifié sa position première; son fusil demeurait toujours dirigé vers ses ennemis.
—Les guerriers Sioux-Bisons ont-ils été changés en des daims timides? Ne sont-ils plus des hommes forts et courageux, qu'ils font la guerre aux femmes sans défense et qu'ils les attachent lâchement au poteau de torture?
A ces mots, un frémissement de colère courut dans les rangs des Indiens. L'Oiseau-Noir fit un geste; le calme se rétablit.
—Toutes les nations Peaux-Rouges, reprit le fier jeune homme, ont toujours eu la coutume de respecter les femmes et de ne jamais les considérer en ennemies. Pourquoi attacher au poteau de torture des créatures faibles, sans courage, qui ne sauront que pleurer et se plaindre à chaque égratignure, qui seront mortes avant même d'avoir été frappées? Ceci est indigne de guerriers braves et valeureux comme prétendent l'être les guerriers Sioux-Bisons. Je veux faire une proposition à mes frères.