—Quelle est cette proposition? demanda l'Oiseau-Noir.

—La voici. Les guerriers Peaux-Rouges rendront immédiatement la liberté aux deux femmes blanches; ils les laisseront retourner paisiblement dans leur demeure, sous la protection du chef de la prière, qui, sans être prisonnier des Sioux-Bisons, a consenti cependant à accompagner jusqu'ici les deux prisonnières.

—En supposant que les guerriers de ma tribu consentent à rendre la liberté à ces femmes, que donnera le jeune aigle aux guerriers? Ils ne peuvent retourner ainsi dans leur village; les quelques scalps qui pendent à leur ceinture sont loin de compenser la mort des nombreux guerriers qu'ils ont perdus. Pas un seul chef renommé n'est tombé sous leurs coups. L'Oiseau-Noir attend la réponse du jeune aigle. Qu'il parle, mais qu'il parle vite; la patience des Peaux-Rouges est courte; le sang de leurs frères crie vengeance.

—Cette vengeance, je vous l'apporte, guerriers, dit d'une voix ferme le courageux jeune homme. Rendez la liberté à ces deux femmes, faites ce que je vous demande, et à l'instant je jette mes armes, et je me livre entre vos mains. Quoique bien jeune encore, vous savez que déjà beaucoup des vôtres sont tombés sous mes balles. Vous connaissez la sûreté de mon coup d'œil, la force de mon bras. Je me laisserai attacher sans résistance au poteau de torture. Vous pourrez pendant de longues heures m'entendre rire sous vos blessures et répéter mon chant de mort d'une voix éclatante.

Les Indiens sont bons juges en fait de courage. La proposition du jeune homme fut accueillie par un murmure d'admiration.

Tout à coup un homme sans armes s'élança en avant; il vint hardiment se placer entre les deux partis, si l'on peut nommer ainsi une foule d'hommes tenus en respect par un seul.

Le nouvel acteur de cette scène singulière n'était autre que le missionnaire.

—Eh quoi! s'écria-t-il, accepterez-vous le dévouement insensé de ce malheureux jeune homme? La douleur le fait divaguer: laissez-le retourner avec sa mère et sa sœur parmi les hommes de sa nation; il n'est encore qu'un enfant pour lequel votre âme doit se sentir émue de pitié. Laissez-le partir, vous dis-je, et prenez-moi à sa place, moi qui suis un homme dans la force de l'âge, moi qui suis brave, qui suis fort, et qui, en appelant la vengeance de mon Dieu sur les deux hommes étendus là à nos pieds, ai presque causé leur mort.

Les paroles du missionnaire furent accueillies par des cris de colère.

—Taisez-vous, padre, taisez-vous, s'écria le jeune homme avec chaleur; je veux, je dois sauver ma sœur et ma mère, et mourir pour elles!