--A la bonne heure! répondit le major, je suis content de vous: vous redressez fièrement la tête, et je vous retrouve enfin, mon ami.
--Ah! mon cher Blumel, le pressentiment d'un malheur abat le courage, tandis que le danger si grand qu'il soit, dès que nous l'avons en face de nous, cesse de nous causer de l'effroi.
--Vous avez raison, fit le major, qui sortit pour s'acquitter de la commission de son chef.
Les officiers de la garnison, au nombre de six, sans compter le colonel et le major, se furent bientôt réunis chez le gouverneur.
--Asseyez-vous, caballeros, leur dit-il. Vous n'ignorez pas sans doute le motif de cette convocation. Les indiens menacent la colonie; une ligue puissante s'est formée entre les Patagons. De quelles forces disposons-nous?
--Les armes et les munitions ne nous manquent pas, répondit le major; nous avons ici plus de deux cents milliers de poudre, des pistolets, des sabres et des lances à foison; nos canons sont abondamment fournis de boulets et de mitraille.
--Bien.
--Malheureusement, reprit le major, les soldats...
--Combien en avons-nous?
--L'effectif devait être de 170; mais la mort, les maladies et les désertions l'ont réduit à 80 à peine!