--Neham-Outah jeta dédaigneusement un de ses riches colliers au misérable sorcier, qui grimaça en signe de joie.

--Va-t'en, lui dit-il.

Le matchi, content de ses honoraires, s'en alla. Un beau métier chez les Indiens que celui de sorcier!

--J'ai le temps, murmura Neham-Outah, qui avait calculé l'heure par la position des étoiles.

Il porta en toute hâte ses pas vers le toldo de dona Linda.

--Elle est là! se dit-il; elle repose, bercée par ses rêves d'enfant; sa bouche s'entr'ouvre comme une fleur aux souffles parfumés de la nuit: elle sommeille, la main sur son coeur pour le défendre. Et je l'aime! Faites, ô mon Dieu, que je la rende heureuse! Aidez mon bras qui veut sauver un peuple!

Il s'approcha d'un guerrier debout à l'entrée du toldo.

--Lucaney, dit-il d'une voix émue, je t'ai deux fois arraché à la mort.

--Je m'en souviens.

--Tout ce que j'aime est dans ce toldo; je te le confie.