--Ce toldo est sacré, mon père.
--Merci, fit Neham-Outah en serrant affectueusement la main de l'ulmen, qui baisa le bas de sa robe.
Les ulmenes, après le conseil, avaient échelonné leurs tribus déjà prêtes pour l'assaut. Les guerriers, se couchant à plat ventre sur le sol, avaient commencé une de ces marches impossibles que les Indiens seuls sont capables d'entreprendre. Glissant et rampant comme des couleuvres dans les hautes herbes, ils étaient parvenus en une heure à se poster, sans avoir été aperçus, au pied même des retranchements des Argentins. Ce mouvement avait été exécuté avec une prudence raffinée que les Indiens apportent dans le sentier de la guerre; le silence de la prairie n'avait pas été troublé, et la ville paraissait ensevelie dans le sommeil.
Cependant, quelques minutes avant que les ulmenes reçussent les derniers ordres de Neham-Outah, un homme revêtu du costume des Aucas, avait avant tous les autres quitté le camp et s'était esquivé vers le Carmen en s'aidant des mains et des genoux. Arrivé à la première barricade, il avait tendu les mains à une main invisible qui l'avait hissé sur la barrière.
--Eh bien, Sanchez?
--Major, avant une heure nous serons attaqués.
--Est-ce un assaut?
--Oui; les Indiens ont peur d'être tous empoisonnés comme des rats, ils veulent en finir.
--Que faire?
--Nous faire tuer.