--Tu es un nigaud, Sanchez, dit le major en souriant; et dona Linda?

--C'est vrai, reprit gaiement le bombero, je n'y pensais plus, moi, à la senorita. J'oubliais encore ceci: le signal de l'attaque sera trois cris d'urubus à intervalles égaux.

--Bon! je vais me préparer, car ils n'attendront pas le lever du soleil.

Le major, d'un côté, et le bombero de l'autre, allèrent de poste en poste réveiller les défenseurs de la ville et les avertir de se tenir sur leurs gardes.

La veille même, le major Blumel avait réuni tous les habitants et dans une harangue brève et énergique, il leur avait peint leur situation désespérée.

--Les embarcations mouillées Sous les canons du port, avait-il dit en terminant, sont prêtes à recueillir les femmes, les enfants et les colons craintifs. On s'embarquera, dès la nuit venue, pour l'estancia de San-Julian.

Les habitants réveillés se plantèrent derrière les barricades, l'oeil et l'oreille au guet, et le fusil en main. Une heure se passa dans l'attente des Patagons, lorsque tout à coup le cri de l'urubus s'éleva rauque et sinistre dans le silence. Un deuxième cri suivit de près le premier, et la dernière note du troisième vibrait encore qu'une clameur effroyable éclata de toutes parts à la fois et que les Indiens se précipitèrent en tumulte pour escalader les retranchements extérieurs. Ils se brisèrent devant cette autre muraille vivante qui se dressa aux barrières. Etonnés de cette résistance inattendue, les Patagons reculèrent et ils furent mitraillés par les canons qui semaient dans leurs rangs le désordre et la mort.

Sanchez, profitant de la panique des Indiens, s'élança au milieux d'eux à la tête de ses gauchos et sabra vigoureusement.

Au bout de deux heures d'une bataille de géant, le soleil dédaigneux des luttes humaines, se leva majestueux à l'horizon et répandit sur ce champ du carnage la splendeur de ses rayons. Les indiens saluèrent son apparition par des cris de joie et se ruèrent avec une rage nouvelle contre les retranchements. Leur choc fut irrésistible.

Les colons s'enfuirent, poursuivis par les sauvages.