Mais une formidable explosion entr'ouvrit le terrain sous leurs pieds, et les malheureux guerriers, lancés dans l'espace, retombèrent en lambeaux de toutes parts. C'était l'explosion du sol miné par les Argentins.

Neham-Outah monté sur un superbe cheval, noir comme la nuit, s'élança en avant presque seul, agitant au vent le totem sacré des nations unies, et il cria d'une voix qui domina le bruit de la bataille:

--Lâches! qui ne voulez pas vaincre, au moins regardez-moi mourir!

Cette voix résonna aux oreilles des Indiens comme un honteux reproche, et ils coururent sur les traces de leur chef suprême.

Neham-Outah paraissait invulnérable. Il faisait caracoler son cheval, le lançait au plus épais de la mêlée, parait tous les coups avec la hampe de son totem, qu'il élevait au-dessus de sa tête et criait aux siens:

--Courage! suivez-moi!

--Neham-Outah, le dernier des Incas! mourons pour le fils du Soleil! exclamaient les Patagons électrisés par la téméraire audace de leur toqui.

--Eh! s'écria-t-il avec enthousiasme en montrant l'astre du jour, voyez, mon père radieux sourit à votre valeur. En avant! en avant!

--En avant! répétèrent les guerriers, qui redoublaient de furie.

Toute la ville déjà était envahie: on se battait de maison en maison. Les Aucas, formés en masse serrée, escaladaient au pas de charge, guidés par Neham-Outah, la rue assez raide qui conduit au vieux Carmen et à la citadelle: ils avançaient sans peur, malgré la mitraille du fort. Neham-Outah, respecté par la mort, et toujours en avant, brandissait son totem et faisait cabrer son cheval noir.