--Allons! dit tristement le major Blumel à Sanchez, l'heure est venue.

--Vous le voulez, major?

--Je l'exige, Sanchez.

--Il suffit, reprit le bombero. Adieu, major, ou plutôt au revoir là-haut!

Les deux hommes se serrèrent la main; étreinte suprême! car à mois d'un miracle, ils allaient mourir. Après ce dernier adieu, Sanchez rassembla une cinquantaine de cavaliers, les aggloméra en troupe compacte, et entre deux décharges, il se précipitèrent à fond de train sur les Indiens qui montaient. Les Araucans, devant cette avalanche qui s'abattait du haut de la montagne, s'ouvrirent à droite et à gauche, et, à peine revenus de leur stupeur, ils aperçurent trois barques sur le fleuve et voguant à force de rames vers la mer.

Profitant de cette diversion hardie, tous les colons, sur l'ordre du major Blumel, s'étaient renfermés dans le fort.

Neham-Outah fit signe aux Aucas de s'arrêter, et il s'avança seul auprès des murs de la citadelle.

--Major, cria-t-il d'une voix ferme, rendez-vous. Vous et la garnison aurez la vie sauve.

--Vous êtes un traître et un chien, répondit le major qui parut aussitôt.

--Vous êtes perdus, vous et vos hommes.