--Vive le grand toqui! cria la foule.

--Guerre aux Espagnols, reprit Neham-Outah; mais guerre sans trève ni merci, véritable battue de bêtes fauves, comme ils sont accoutumés à nous la faire. Souvenez-vous de la loi des pampas: oeil pour oeil, dent pour dent. Que chaque chef expédie des quipus aux guerriers de sa nation, car, à la fin de cette lune, nous réveillerons nos ennemis par un coup de tonnerre. Allez et ne perdons pas de temps. Ce soir à la quatrième heure de la nuit, nous nous réunirons à la passée du Guanaco pour élire les chefs secondaires, compter nos guerriers et fixer le jour et l'heure de l'attaque.

Les ulmenes s'inclinèrent sans répondre, rejoignirent leur escorte et ne tardèrent pas à disparaître dans un tourbillon de poussière.

Neham-Outah et Pincheira restèrent seuls. Un détachement immobile veillait sur eux. Neham-Outah, les bras croisés, la tête penchée vers la terre et les sourcils froncés, semblait plongé dans de profondes réflexions.

--Eh bien! lui dit Pincheira, vous avez réussi?

--Oui, répondit-il, la guerre est déclarée; je suis chef suprême, mais je tremble devant une si lourde tâche. Ces hommes primitifs comprennent-ils bien? sont-ils mûrs pour la liberté? Peut-être n'ont-ils pas assez souffert encore! Oh! si je réussis!

--Vous m'effrayez, mon ami; quels sont donc vos projets?

--C'est juste, mais vous êtes digne d'une telle entreprise. Je veux, entendez-moi bien, je veux...

Au même moment un Indien, dont le cheval, ruisselant de sueur, semblait souffler du feu par les narines, arriva auprès des deux ulmenes, devant lesquels, par un prodige d'équitation, il s'arrêta court, comme s'il eût été changé en statue de granit; il se pencha à l'oreille de Neham-Outah.

--Déjà! s'écria celui-ci. Oh! pas un instant à perdre! mon cheval, vite!