Le capitão serra avec émotion la main qui lui était tendue.
«Je regrette de n'avoir qu'une vie à vous sacrifier, Excellence, répondit-il.
—Ne parlons donc plus de cela, mon ami, et faites pour le mieux.
—J'y tâcherai, Excellence. D'abord, veuillez m'apprendre vers quel lieu vous comptez vous diriger.
—Il nous faut atteindre les bords d'un petit lac qui se trouve, dit-on,—car, vous le comprenez, je ne connais nullement l'endroit et je n'y suis jamais allé,—aux environs du Rio Bermejo, non loin du pays des Indiens Frentones.»
L'Indien fronça le sourcil.
«Oh! Oh! répondit-il, la route est longue. Nous avons à traverser, avant que d'y arriver, tout le pays des Guaycurus et des Payagoas; puis nous passerons le Rio Pilcomayo pour entrer dans le Llano de Manso; c'est un rude chemin que celui-là, Excellence, et celui que nous avons fait jusqu'à présent n'est rien en comparaison.
—J'ai toujours pensé que Malco Díaz nous avait fait prendre une mauvaise direction, et qu'il nous a fait errer à plaisir dans ces déserts sans bornes.
—Vous avez eu tort, Excellence; Malco vous a au contraire guidé par la route la meilleure et la plus courte. Du reste, la façon dont il vous a abandonné montre qu'il avait le plus grand intérêt à vous mettre dans le plus bref délai sur le territoire indien.
—C'est juste.