—Pas assez encore, Excellence; vous me jugez avec vos connaissances acquises au point de vue de la vie civilisée et non à celui du désert; donc, vous commettez, malgré vous, de graves erreurs; permettez-moi de vous faire une simple observation, qui, je le crois, vous semblera juste.

—Parlez.

—Nous sommes à cinquante lieues au moins de la ville la plus prochaine, à quelques lieues seulement d'Indiens ennemis qui nous guettent et n'attendent qu'une occasion pour nous assaillir.

—C'est vrai, murmura le marquis tout pensif.

—Bien, vous me comprenez, Excellence; maintenant, supposons que je sois un traître.

—Je n'ai pas dit cela.

—Pas positivement, c'est vrai; mais vous m'avez donné à entendre que je pouvais en être un. Eh bien! Je l'admets pour un instant: rien ne me serait plus facile que de vous abandonner à vous-même ici où nous sommes; de partir avec mes soldats, et, croyez-le, Excellence, vous seriez aussi irrémissiblement perdu que si je vous livrais demain ou un autre jour aux Indiens; car il vous serait matériellement impossible de retourner aux habitations et d'échapper au moindre des mille dangers qui vous enveloppent et dont, sans vous en douter, vous formez le centre.»

Le marquis pâlit et laissa tomber avec découragement sa tête sur la poitrine; la logique du raisonnement du capitão l'avait frappé en plein cœur, en lui prouvant son impuissance et la grandeur du dévouement de cet homme qu'il accusait, et qui faisait si noblement le sacrifice de sa vie pour le servir.

Il lui tendit la main et, s'inclinant devant lui:

«Pardonnez-moi mes injustes soupçons, don Diogo, lui dit-il, mes doutes sont dissipés pour toujours; j'ai foi en vous, agissez à votre guise, sans même me consulter, si vous le jugez nécessaire; je vous jure, sur ma parole d'honneur de gentilhomme, que je ne vous gênerai en rien et que, en toute circonstance, je serai le premier à vous donner l'exemple de l'obéissance. Êtes-vous satisfait de moi? Croyez-vous que je répare assez largement la faute que j'ai commise en vous accusant?»