Les Guaycurus ne sauraient être sans injustice rangés parmi les races purement sauvages. Ils tiennent à notre avis,—avis, soit dit entre parenthèse, partagé par beaucoup de voyageurs,—dans la hiérarchie sociale des peuples du nouveau monde à peu près le rang qu'y tiennent aujourd'hui les Araucanos du Chili, dont nous avons, dans un précédent ouvrage, décrit les mœurs et presque révélé l'existence aux lecteurs européens[1].

Cependant, hâtons-nous de constater que les mœurs de cette nation n'ont qu'un rapport fort indirect avec celles des Guaycurus.

Ceux-ci offrent trois divisions complètement distinctes:

Ceux qui occupent encore le Paraguay, où ils étaient connus sous le nom de Lingoas; les habitants des rives orientales du grand fleuve, et, enfin, ceux qui demeurent sur les possessions brésiliennes.

Nous ne nous occuperons, quant à présent, que de ces derniers.

Les Guaycurus brésiliens se partagent en sept hordes différentes, presque toujours en guerre entre elles, et qui parcourent en liberté d'immenses plaines couvertes de magnifiques pâturages, situées entre les Rios Ipany et Tocoary.

Cette race est essentiellement belliqueuse; elle n'entreprend une guerre que dans le but de faire des prisonniers qui sont réduits en esclavage.

L'incontestable supériorité des Guaycurus a contraint plusieurs tribus voisines de se soumettre vis-à-vis d'eux à une espèce de vasselage, librement consenti du reste.

Ces tribus, cependant assez puissantes, sont au nombre de seize. Nous citerons parmi elles les Xiquitos, les Guatos, les Lodeos et les Chagoteos, c'est-à-dire les plus redoutables nations du Sud.

Les Guaycurus maintiennent parmi eux une sorte de hiérarchie sociale bien marquée, dont les exemples sont fort rares parmi les peuplades du Nouveau Monde; ils se partagent en chefs, guerriers et esclaves. Cette organisation intérieure est d'autant plus facilement maintenue, que les descendants des prisonniers ne peuvent, sous aucun prétexte, s'allier aux personnes libres; une union semblable déshonorerait celui qui l'aurait contractée; il n'y a pas d'exemple qu'un esclave ait jamais été émancipé; d'ailleurs leur religion exclut les esclaves du paradis.