—Dame! Je ne saurais positivement vous dire ce qui arrivera. Peut-être repartirons-nous demain, peut-être non; cela dépendra des circonstances. Bien que notre position ne soit pas bonne, encore dépend-il un peu de nous, Excellence, de ne pas la rendre pire.

—Vous avez toujours raison, mon ami, répondit le jeune homme; campons donc, puisque vous le voulez.»

Le capitão quitta alors le marquis et alla donner les ordres nécessaires pour que le campement fût établi ainsi qu'il l'avait arrêté dans son esprit.

Les Brésiliens s'occupèrent d'abord à mettre en sûreté leurs choses les plus précieuses, c'est-à-dire les provisions de bouche et les munitions de guerre; puis, ce soin pris, on installa le camp sur le bord même de la plate-forme de la colline; on forma un rempart de troncs d'arbres enlacés les uns dans les autres; derrière ce premier rempart, les wagons et les charrettes furent enchaînés et placés en croix de Saint-André.

D'après l'ordre exprès du capitão, les arbres strictement nécessaires aux fortifications avaient été abattus; les autres, demeurés debout, devaient, non seulement donner de l'ombre aux Brésiliens, mais encore leur servir de défense en cas d'assaut, et, de plus, empêcher les Indiens, s'ils ne l'avaient fait déjà, ce qui n'était guère probable, de les compter et de connaître ainsi le nombre des ennemis qu'ils attaquaient.

Un peu avant le coucher du soleil, le camp se trouva complètement en état de résister à un coup de main.

Diogo, pour plus de sûreté, ordonna qu'une sentinelle demeurerait nuit et jour au sommet de l'arbre le plus élevé de la colline, afin de surveiller le désert et d'avertir les aventuriers des mouvements des Indiens.

Cette dernière précaution, la plus importante de toutes, assurait en quelque sorte la sûreté du camp; aussi Diogo ne voulut-il confier le soin de veiller sur le salut commun qu'à un homme expérimenté et ordonna-t-il que la sentinelle, placée ainsi en vedette, serait toujours un de ses soldats.

Indiens eux-mêmes, ils étaient plus que tous autres en état de déjouer les ruses des Guaycurus et de ne pas laisser surprendre leurs compagnons.

[1] Voir le Grand chef des Aucas,2 vol. in-12. Amyot, éditeur.