—Je ne bougerai pas d'une ligne; c'est convenu; vous me retrouverez, je l'espère, dans une situation aussi bonne que celle dans laquelle vous me laissez:
—Je l'espère, Excellence; au revoir.
—Au revoir et bonne chance!
—Je tâcherai.»
Diogo s'inclina une seconde fois et quitta la tente.
Le capitão sortit du camp à pied.
Les soldados da conquista se servent rarement du cheval, ils ne l'emploient que lorsqu'ils ont à faire un long trajet en plaine, car les forêts brésiliennes sont tellement épaisses et encombrées de lianes et de plantes grimpantes, qu'il est littéralement impossible de les traverser autrement que la hache à la main, ce qui rend le cheval non seulement inutile, mais en quelque sorte nuisible par l'embarras qu'il cause sans cesse à son maître.
Aussi les soldados da conquista sont-ils généralement d'excellents piétons. Ces hommes ont un jarret de fer; rien ne les arrête ou ne les retarde: ils marchent avec une vélocité et une sûreté qui feraient pâlir de jalousie nos chasseurs à pied, qui cependant jouissent à juste titre d'une réputation bien établie de marcheurs émérites.
Les distances que franchissent en quelques heures ces Indiens, dans des chemins impraticables, sont quelque chose de prodigieux et qui surpasse tout ce qu'on saurait imaginer.
Trente et même quarante lieues dans une journée ne sont rien pour eux; ils courent toujours; bien que chargés de leurs armes et de leur lourd bagage: ils suivent, sans se gêner, un cheval lancé au grand trot, et pourtant, pendant ces courses rapides, rien ne leur échappe, le plus petit indice est observé par eux; l'empreinte la plus fugitive laissée par mégarde sur le sol est aperçue et relevée avec soin; pas un bruit du désert qu'ils ne saisissent et ne commentent aussitôt: le bris d'une branche dans les taillis, le vol subit d'un oiseau, l'élan rapide d'un fauve quittant son repaire à leur approche; ils entendent et comprennent tout, et sont continuellement sur leurs gardes, prêts à faire face à l'ennemi, quel qu'il soit, qui surgit souvent tout à coup devant eux, et dont ils ont, avec leur infaillible expérience, deviné ou pressenti l'approche bien avant qu'il apparaisse.