En quelques instants, le mort fut complètement dépouillé; seulement, le capitão eut soin de placer sous son poncho ses pistolets et son couteau, armes dans lesquelles il avait plus de confiance que dans la lance, le carquois et les flèches du sauvage.

Après avoir caché avec soin ses propres vêtements dans un trou qu'il creusa à cet effet, le capitão s'assura que le silence le plus profond régnait aux environs; puis, rassuré ou à peu près, il chargea de nouveau le cadavre sur ses épaules, lui attacha une grosse pierre au cou pour l'empêcher de surnager, et, entr'ouvrant avec soin les branches du buisson dont les racines trempaient dans l'eau, il fit glisser doucement, et sans produire le moindre bruit, le corps dans la rivière.

Cette opération délicate terminée, le capitão se glissa de nouveau dans le buisson avec un sourire de satisfaction, et attendit patiemment l'occasion, que le hasard ne pouvait manquer de lui fournir, de sortir avec honneur de sa cachette.

Deux heures s'écoulèrent pendant lesquelles le calme mystérieux du désert ne fut troublé par aucun bruit.

Diogo commençait à se fatiguer de la longueur de sa faction; déjà il cherchait dans sa tête un moyen de la faire cesser et de joindre les Guaycurus, qui ne devaient pas, selon toute probabilité, être fort éloignés, lorsqu'un léger froissement de feuilles sèches éveilla son attention et lui fit tout à coup dresser les oreilles.

Il distingua bientôt le pas d'un homme qui s'approchait de lui; cet homme, bien que marchant avec prudence, ne croyait point cependant la situation assez périlleuse pour qu'il fût nécessaire d'user de grandes précautions; de là ce léger froissement qui, bien que léger, n'avait cependant pas échappé à l'ouïe fine et exercée du capitão.

Mais quel était cet homme? Que voulait-il?

Ces questions que s'adressait Diogo, et auxquelles il lui était impossible de répondre, ne laissaient pas que de l'inquiéter sérieusement pour sa sûreté personnelle.

Ce visiteur était-il seul ou suivi d'autres guerriers?

A tout hasard, le capitão se tint sur ses gardes; le moment suprême était arrivé de lutter de finesse avec ceux qu'il voulait tromper; il se tint prêt à soutenir bravement le choc, quel qu'il fût, dont il était menacé. Il fit appel, non seulement à tout son courage, mais encore à toute sa présence d'esprit, car il savait fort bien que de cette première rencontre dépendait le succès de sa périlleuse expédition.